Étable, fumier et saleté

Un défi pour les sens.

Écrit par GlenN Lauritz Andersson & Denis Vasilije, experts en parfums
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Résumé

  • Le barnyard est une tendance olfactive où des notes brutes, animales et terreuses créent des expériences complexes et inhabituelles qui défient l’esthétique traditionnelle de la parfumerie.

  • Cette tendance est associée à des tonalités animales, terreuses et proches du fumier, souvent issues d’huile d’oud véritable ou de matières premières similaires.

  • Les parfums barnyard séduisent les personnalités affirmées en quête d’expériences uniques au-delà de la fraîcheur conventionnelle et du marché de masse.


Qu’il existe des parfums qui ne ressemblent à aucun autre, qui remettent en question notre vision conventionnelle de la fraîcheur et du « bon goût », c’est une réalité que découvrent de plus en plus d’amateurs. Ces moutons noirs de la jungle parfumée évoquent souvent ce que l’on associe le moins à la notion classique de parfum agréable : des notes animales, corporelles et instinctives. Ils sont fréquemment décrits comme animaux ou skunky (le putois n’étant pas réputé pour sa délicatesse olfactive), mais on les regroupe souvent sous le terme barnyard, car ils rappellent l’étable et le fumier.

Ces facettes « sales » proviennent du bois d’oud (agarwood), un arbre qui, une fois infecté par un champignon, produit une résine précieuse distillée en huile — un procédé long et coûteux. Dans ces cas, le caractère d’étable peut être si intense qu’il séduit principalement les passionnés les plus engagés.

QUI porte un parfum barnyard ?

Porter un parfum barnyard demande de l’attitude. En choisissant ce type de fragrance, vous affirmez votre indépendance, votre confiance et votre audace. Ces bombes animales peuvent être d’une grande complexité et produire des merveilles sur la bonne peau, où des nuances inattendues émergent et où un équilibre subtil se crée. En d’autres termes : il se passe quelque chose.

the smell of life

L’oud « sale » provient notamment du Laos, du Cambodge et de l’Inde. Et comme souvent, une tendance porte plusieurs noms : Hindi, Fecal, Farmhouse, Earthy ou Dirty sont quelques-uns des termes utilisés pour décrire ce mouvement olfactif.

Le Cambodge a même donné son nom à l’un des exemples les plus extrêmes — l’huile Kampuchea Noir de la maison italienne Xerjoff. Son prix au litre avoisine le million de couronnes suédoises, et elle est extraite d’un oud sauvage issu de la forêt primaire cambodgienne, ce qui la rend extrêmement rare. Et sale. Il s’agit ici d’une concentration évoquant les excréments et le fumier, face à laquelle la plupart des profanes reculent instinctivement. En comparaison, par exemple, Xerjoff Al Khatt paraît presque léger.

Un producteur classique dans le segment de l’oud animal est Bortnikoff, qui travaille principalement avec des matières premières authentiques et pures, distillées en Thaïlande. Bortnikoff excelle aussi bien dans des compositions d’oud boisées, fumées ou florales plus accessibles que dans des interprétations sucrées, animales et exigeantes. Un oud animal particulièrement audacieux se retrouve également dans Oudh Infini de Dusita, qui met les sens à l’épreuve. Mais encore une fois — sur la bonne peau et après évolution — ces parfums peuvent accomplir des merveilles et devenir de véritables accessoires cutanés élégants, parfois avec des accents de cuir ou de bois aromatiques chauds.

Barnyard ne signifie donc pas nécessairement une immersion totale dans le fumier — cela peut aussi être une expérience olfactive fascinante, où l’animalité est suggérée avec finesse, permettant même au curieux néophyte de se laisser captiver.